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Google reste le moteur de recherche par défaut d’Apple

C’est un des secrets les mieux gardés de Luca Maestri, le directeur financier d’Apple : combien Google paie-t-il pour être le moteur de recherche par défaut dans Safari ? Beaucoup de milliards de dollars c’est certain, mais pour obtenir un chiffre précis c’est motus et bouche cousue. On en est réduit au doigt mouillé des analystes, comme celui de Toni Sacconaghi qui estime que Google va verser à Apple la bagatelle de 15 milliards (!) de billets verts pour rester le moteur de recherche par défaut en 2021.

Ce serait 5 milliards de plus qu’en 2020, Sacconaghi ayant relevé une précédente prévision de 8 à 10 milliards de dollars pour l’an dernier. Ces chiffres s’appuient sur l’analyse des documents financiers publiés par Apple et les coûts d’acquisition de Google.

D’année en année, le chèque augmente de manière exponentielle, il pourrait ainsi atteindre 20 milliards de dollars en 2022 ! Peut-être que Google voudra revoir sa stratégie et tenter de renégocier avec Apple, ce d’autant qu’une menace pèse sur cet accord : le ministère américain de la Justice s’y intéresse en effet de très près.

Mais selon l’analyste de Bernstein, Google est pris entre le marteau et l’enclume : Microsoft se verrait bien remplacer Google par Bing dans Safari (Bing fait partie des moteurs de recherche alternatifs qu’il est possible de sélectionner à la place de Google dans les réglages d’iOS). C’est pourquoi Google doit mettre plus d’argent sur la table que son rival…

Apple a déjà expliqué que c’est la popularité de Google qui justifiait sa présence de choix dans Safari — on pourrait aussi ajouter que le portefeuille bien garni de l’entreprise y est aussi pour quelque chose, mais nous sommes mauvaise langue.

Google met le paquet (de dollars)

Tout puissant soit-il, le géant Google ne peut pas se permettre de laisser la concurrence s’accaparer de précieuses parts de marché. Aussi, afin de s’assurer de rester le moteur de recherche par défaut proposé par Apple sur ses iPhone , iPad et autres Mac, le géant américain n’hésite pas, année après année, à mettre la main au portefeuille.

Ainsi, pour l’année 2021, Google devrait régler à son compatriote américain la coquette somme de 15 milliards de dollars pour s’assurer de rester présent au sein de l’écosystème Apple. En 2020, Google avait déjà réglé une facture de 10 milliards de dollars.

Évidemment, pour Google, il est primordial de ne pas perdre cette exclusivité avec Apple, le géant de Cupertino écoulant par millions chaque année ses iPhone, iPad et Mac. Autant dire que si la concurrence (au hasard Microsoft) venait à surenchérir, cela pourrait porter un grand coup à l’ogre Google Search , au profit bien sûr de Bing .

Selon WCCFTech, cette entente Google/Apple pourrait prochainement se heurter à des soucis de réglementation, mais cela ne devrait pas arriver avant quelques années. Un jour, Apple sera peut-être contraint de laisser le choix à ses utilisateurs, dès l’activation du nouveau produit fraîchement (et chèrement) acquis, du moteur de recherche par défaut à utiliser.

Aux États-Unis, Google est déjà dans le collimateur de la justice concernant des pratiques anticoncurrentielles sur les marchés de la recherche en ligne, et cet accord avec Apple en fait évidemment partie.

De gros TAC en augmentation

Cela fait partie des coûts d’acquisition de trafic ou TAC (Traffic acquisition costs) que verse la filiale d’Alphabet avec ses recettes publicitaires et pour s’assurer un accès privilégié à un nombre conséquent d’utilisateurs.

D’après des analystes financiers du cabinet Bernstein, le paiement de Google à Apple pourrait atteindre 15 milliards de dollars en 2021, contre 10 milliards de dollars en 2020. Il serait ensuite compris entre 18 milliards et 20 milliards de dollars en 2022, même si Google pourrait revoir sa stratégie… sous l’effet d’un risque de régulation.

Ces estimations se basent sur des informations divulguées dans des documents publics d’Apple et sur une analyse des paiements TAC de Google. Rappelons qui si Google est le moteur de recherche par défaut de Safari, il demeure possible pour l’utilisateur d’opter pour un autre choix.

Combien de temps Google va-t-il supporter les factures d’Apple ?

À ce rythme, ce n’est qu’une question de temps avant que Google n’abandonne sa pôle position sur Safari. En plus des raisons financières évidentes, dont on imagine mal Apple faire preuve de raison, la firme est depuis plusieurs mois surveillée de près par les autorités du monde entier. Son monopole n’est désormais plus à prouver et la compagnie commence à crouler sous les amendes, dont certaines atteignent plusieurs millions d’euros.

De son côté, Apple explique que c’est justement cette popularité hors norme de Search qui en a fait le moteur de recherche par défaut de Safari. Il est fort à parier que les virements annuels de Google l’aident à prendre sa décision. Par le passé, on a déjà vu Microsoft allonger les milliards pour acquérir ce qu’il désirait. Autrement dit, nous ne sommes pas à l’abri d’un revirement de situation dans les années à venir.

Mais pourquoi ?

Actuellement, l’accord entre Google fait face à des risques réglementaires. Rappelons en effet qu’aux États-Unis, Google est poursuivi pour abus de position dominante.

Néanmoins, pour défendre cet accord avec Apple, Google explique qu’il ne fait qu’acheter des emplacements. « Oui, comme d’innombrables autres entreprises, nous payons pour promouvoir nos services, tout comme une marque de céréales pourrait payer un supermarché pour stocker ses produits au bout d’une rangée ou sur une étagère à hauteur des yeux », avait expliqué Kent Walker, SVP of Global Affairs, dans un billet de blog publié en 2020.

De son côté, Apple assure qu’il laisse une chance aux concurrents de Google, dont DuckDuckGo, le moteur de recherche en faveur de la protection de la vie privée qui a un discours proche de celui d’Apple en matière de confidentialité. « À l’heure actuelle, Google est le moteur de recherche le plus populaire. Nous prenons en charge Google, mais nous avons également une prise en charge intégrée de DuckDuckGo, et nous avons récemment déployé la prise en charge d’Ecosia », a expliqué une responsable d’Apple en début d’année.

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